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Liévin, Catastrophe du 27 Décembre 1974
par kiki le, 31/10/2007  

Liévin, Catastrophe du 27 Décembre 1974

Des corps ont été retrouvés sur une distance de plus de mille cinq cents mètres
La mine a tué quarante et un hommes.

Une fois de plus, les forces contenues dans l’écorce terrestre se sont brutalement réveillées, vendredi à 6 h 30, mettant en jeu des puissances effroyables. Des hommes employés dans la veine « Six sillons », quelques-uns seulement ont été en partie épargnés. Leurs corps ont été durement éprouvés par la terrible déflagration et l’on ne sait pas, à l’heure où ces lignes sont écrites, si la liste tragique ne s’allongera pas encore. Pour les autres, tout est terminé, tout s’est terminé dans le vacarme de la flamme brûlante qui a déchiré ceux qui se trouvaient au cœur de l’explosion, asphyxié et traumatisé tous les autres.

Depuis quatre jours, la fosse 3 bis dite de Lens – elle appartient à l’Unité de Production 19 de Lens, mais a été creusée à Liévin – était en repos comme la plupart des autres. Durant la nuit finissante, des équipes avaient traversé les chantiers afin de relever, ainsi le veut l’usage, les teneurs en gaz dangereux. Rien d’anormal n’avait été observé, ce qui permettait aux quatre-vingt-dix hommes de descendre normalement. Une bonne quarantaine d’entre eux étaient affectés à la veine « Six sillons », à 50 mètres en aval du niveau - 70.
La taille 31 venait d’être mise en exploitation. Il s’agit d’une taille de 1,20 à 1,30 mètre de hauteur qui dépend de la bowette 2.300. L’alimentation en air pur se faisait précisément depuis la fosse 19 de Lens à Loos-en-Gohelle, le retour se faisant par le puits 1 bis de Liévin pour une partie et par la fosse 4 de Lens pour le complément.

Que s’est-il passé ? Les experts officiels se sont tout d’abord refusés à se prononcer Mais, hélas, éboulement mis à part, il ne peut se trouver que deux causes à toute catastrophe minière. Le coup de poussière et le coup de grisou. Pour les profanes, ils peuvent être confondus. Les spécialistes savent, eux, que le coup de poussière, inflammation des particules de charbon en suspension dans l’air ne peut avoir lieu qu’après explosion d’un détonateur, en l’occurrence le grisou, gaz qui se libère quand une mine est ouverte.
Mais il faut que des proportions critiques soient atteintes et que, de plus, outre l’effet possible d’auto-allumage, une étincelle se soit produite : choc d’outils, échauffement excessif local, etc… Il faudra beaucoup de temps pour que les experts requis par les autorités MM Dwycke et Klein parviennent à établir des conclusions.
Une instruction a été ouverte et, sur les lieux, on trouvait le substitut Pinguez et le juge Pascal.
Les Houillères étaient représentés dans l’heure qui a suivi l’annonce de la catastrophe par MM . Delmon, président du conseil d’administration ; Hecquet, directeur du bassin du Nord ; Destruys, secrétaire général ; Claret, directeur adjoint ; Ricaud, directeur de l’Unité de Production de Lens.

L’imprévisible

Pour les familles qui, avoisinent la fosse 3 bis de Lens, le calvaire ne faisait que commencer.
Dès qu’une catastrophe survient, le processus habituel est mis en œuvre. Les sauveteurs sont appelés, les grilles se referment inexorablement.
C’est alors dans la cité la course tragique des femmes, des enfants et des retraités qui se hâtent vers la fosse, qui se heurtent à la grille. Elle ne s’ouvre qu’au passage des ambulances, des voitures funèbres, des autorités. Parfois un mineur passe, il est assailli, mille questions fusent, il s’agit de savoir s’il a vu tel homme, s’il est remonté, hors du chantier, hors de danger.
On crut d’abord qu’il s’agissait d’un accident de portée réduite, de ceux qui ont lieu de de temps à autre mais qui n’en tuent pas moins. Mais au fil des minutes des heures interminables, la catastrophe a pris sa véritable mesure.
Et il semble que le comble est été atteint. Certes, il y avait eu Courrières en 1906. Mais il y avait eu aussi Liévin le 16 mars 1957, dix mineurs avaient été tués à la fosse 3 aujourd’hui rasée. Il y avait eu le 2 février 1965 à la fosse 7 des mines de Liévin. Là on allait dénombrer 21 victimes. Et puis Fouquières-les-Lens. Mais cette fois on dénombre 16 morts, un triste record que la prudence des hommes, la qualité du matériel de contrôle et d’investigation n’ont pu prévenir.

Démarche pieuse de M. d’Ornano

Environ vers 15h, M. d’Ornano, ministre de l’industrie, s’est incliné devant les cercueils alignés dans la chapelle ardente.
Il a répondu aux questions posées par la presse. « Je suis profondément bouleversé par cette catastrophe, a-t-il dit en substance, bouleversé par le deuil qui frappe la corporation minière ».
Puis , le ministre a déclaré qu’une enquête approfondie serait faite et qu’il en suivrait les résultats et la progression.
A sa suite M. Cuvelette, directeur de la production de l’unité 19, à également fait une déclaration à la presse.
Les victimes ont été relevées sur une longueur de 1.500 mètres dans la bowette d’accès non loin de la taille 31. Elles sont mortes soi, par brûlures, soit par asphyxie, soit par blessure.
Pour l’instant, le lieu précis de l’amorçage n’a pas été relevé. Mais lui aussi promis une enquête serrée. Il a signalé par ailleurs que le plus grand respect avait entouré la collecte des tués. Des civières ont été employées, la remonte s’effectuant au début par des moyens de fortune le courant ayant été coupé.

Pour l’instant, M. Cuvelette a exclu la possibilité d’un coup de poussière en raison du fait, et c’est vraisemblablement possible, que le chantier ait été arrêté depuis quatre jours. Il serait possible alors qu’un dégagement brutal de grisou soit cause directe de la catastrophe.
Un appel à la grève a été lancé pour la journée de samedi par la C.G.T Elle intéresse les mineurs de l’U.P 19.
On pense généralement que les funérailles pourraient avoir lieu lundi.

- Une photo du carreau de la fosse 3 bis de lens où a eu lieu la catastrophe. A gauche, le chevalement du puits 3 bis en activité. A droite, l’ancien chevalement du puits 3.

Voix du Nord du 28 Déc 1974.


Suite : Liévin, Catastrophe du 27 Décembre 1974 (1)


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