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Catastrophe de Courrières, résumé (3)
par bourdonb le, 23/03/2008  

C'est au 4 que finalement tous les efforts se concentrent. Sous la direction de l'ingénieur Dinoire, le mécanicien d'extraction réussit à rétablir le libre jeu de la cage. Le 4 ? C'est le seul puits dans lequel on puisse descendre.

Il est environ dix heures quand court un bruit. Une cinquantaine d'ouvriers occupés dans un quartier du 11 auraient été ramenés à l'étage 300 par le porion contrôleur Payen redescendu. L'espoir inespéré, mais entretenu en soi par chacun, de revoir enfin un être cher. L'anxiété ; le silence.

La cage est au fond. Le puits résonne de coups de trompe. A l'étage 300, tout est prêt. La cage remonte, arrive au jour. Plusieurs mineurs en sortent titubants, hébétés. Pendant qu'on les réconforte, la cage redescend. Trois voyages, 44 mineurs sont sauvés ! Parmi eux, un blessé, les vêtements en lambeaux, le corps presque nu, gravement brûlé. On le transporte à l'infirmerie où son corps est littéralement enveloppé de bandes de gaz jaunies par l'acide picrique.

La foule s'agite, menace d'envahir le carreau de fosse. Les gendarmes ont peine à la contenir.
Qui sont ces hommes remontés ? Chacun veut savoir. De loin, ils se ressemblent tous. Des épouses, des mères cher­chent à reconnaître leur homme, leurs gosses.
Le regard vide, ils avancent lentement vers la foule qui se presse, franchissent la grille.
Pour leurs parents, pour leurs amis, c'est la joie. On s'embrasse. On pleure. Pressés de questions, ils ne peuvent répondre ; ils viennent d'un autre monde. Entraînés par les mem­bres de leur famille, ils retournent chez eux, silencieux.

Que s'est-il passé au fond ? Que se passe-t-il ? ...

Vers 10 h 30, arrivent d'Arras le préfet du Pas-de-Calais, Duréault, et l'ingénieur en chef du contrôle des mines, Léon suivis de près par des membres du parquet de Béthune.

Le chef-porion Douchy vient de remonter. Le préfet l'interroge.
- C'est horrible. J'ai vu une douzaine de cadavres près de l'accrochage. Plus loin, à une vingtaine de mètres, tout est éboulé, les bois sont tombés, les portes sont arrachées. J'ai été chercher aussi loin que j'ai pu un homme qui criait. C'est terrible ! ... Et j'ai mon fils au fond, ajoute-t-il, la gorge serrée, tandis que le préfet lui serre la main avec émotion.

Un autre sauveteur a entendu des coups portés sur des tuyaux. Il y a encore des mineurs vivants, enterrés. Pas de doute possible.
Mais comment les secourir ? Des sauveteurs tombent inanimés à cause des gaz qui commencent à envahir la fosse. De plus, la cage ne peut descendre en dessous de 300 mètres des guides tordus constituent un obstacle dans le puits.

Conformément au règlement, les ingénieurs de l'Etat prennent en mains les opérations de sauvetage sous la direction de l'ingénieur en chef Léon. Celui-ci reste à la fosse 4 qui semble devoir être le centre opérationnel. Il envoie Heurteau au 10 et Leprince-Ringuet au 3.
La plupart des ingénieurs de la Compagnie sont occupés dans les puits ou au fond de la mine, tentant l'impossible pour sauver des victimes. La coordination des travaux de sauvetage apparaît difficile.

A Billy-Montigny, de la passerelle qui enjambe la voie ferrée des mines, on a une vue plongeante sur le carreau de la fosse 2... où il ne se passe rien. Le puits est envahi par les gaz.
Le 2 est relié au 10, et du 10 on peut aller au 3. Le 10 devient un centre de sauvetage où opère l'équipe médicale venue de Lille.

Aucune victime parmi les travailleurs de cette fosse remontés aussitôt après l'explosion. La plupart, commotionnés, sont retournés chez eux ; quelques-uns participent aux recherches.
Un certain nombre de mineurs du 2 ainsi que quelques mineurs du 3 sont remontés par le 10. Combien ? Nul ne le sait. L'ingénieur Voisin a la joie d'apprendre que son sauveur, l'homme d'about, est de ceux-là.

Dans le bureau du chef de carreau, deux lits de camp sur lesquels reposent deux cadavres recouverts d'un linceul. Un mineur revêtu de sa tenue de travail entre, s'approche d'un lit, écarte d'une main tremblante le drap.
- Mon frère !

Charles DESCAMPS, de Billy-Montigny, est mort. Il avait 35 ans. A côté de lui, François CORDIER, des Vieux Corons de Méricourt. Mort à 36 ans.
Dans une pièce contiguë, assis sur une chaise, pâle, enveloppé dans une couverture, le jeune ingénieur Pégheaire, sauvé par le géomètre Storet, se remet péniblement d'un début d'asphyxie.
Une vingtaine de blessés ont été remontés, certains dans un état désespéré. Les médecins s'affairent autour d'eux, tentent de les ramener à la vie en pratiquant la respiration artificielle.

Trois autres cadavres ont été ramenés à la surface dont celui du jeune Henri BERTIN, 18 ans, de Billy-Montigny, ramené par ses frères retournés aussitôt au fond à la recherche d'un autre des leurs : Alexandre 16 ans.


Catastrophe de Courrières, résumé (4)


 


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