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LE CINÉMA CASINO
par berlens78 le, 22/06/2020  

Le Casino : il se situait rue de la République, après le lycée et juste avant le dispensaire ; on pouvait y accéder aussi par le bas de la rue de Divion ; il était différent du Colisée installé en centre ville, au milieu des commerces et face aux Nouvelles Galeries. Plus vieux, moins luxueux, plus familial aussi. On y voyait aussi des beaux films mais pas ceux à gros budget comme « le docteur Jivago » ou « la grande évasion » qui étaient toujours programmés au Colisée.

Il n’y avait pas de télé à la maison à cette époque ; alors comme ça, le samedi soir ou la veille de jour de fête, ma mère ça lui prenait d’un seul coup : « Quo qu’i passe au casino c’ soir ? » ; mes frères regardaient dans le journal le programme des cinémas. Et c’était décidé ; « on » allait au cinéma ; quelle fête !! Enfin « on », c’étaient plutôt mes parents et mes grands frères. Petit, ils ne m’emmenaient pas avec eux ; je restais à la maison avec mémère et mon petit frère, pleurant toutes les larmes de mon corps de n’avoir pas pu aller avec les grands ; dans l’obscurité de ma chambre, je les entendais rentrer vers 11 heures et demie, bavardant, heureux, contents d’être sortis en famille ; je tendais l’oreille pour tenter d’en savoir plus ; mais ils avaient fermé la porte en bas de l’escalier et je n’entendais que des sons étouffés … Puis, ils montaient se coucher et je les écoutais dans l’escalier, enfilant les marches sur la pointe des pieds ; je faisais semblant de dormir ; mes parents traversaient la pièce pour rejoindre leur chambre et mes frères s’allongeaient dans les 2 lits où nous étions déjà couchés mon petit frère et moi depuis longtemps. « C’était bien le film ? c’était quoi ? » je chuchotais à mon frère en parlant dans l’oreiller ; « té dors pas cor ? té vas vire j’ vas appeler papa qui va vénir avec és’ cheinture ! … » . Pas sympas mes frères ; ils voulaient garder leur plaisir pour eux tout seuls, égoïstement ; le partager avec un enfant comme moi, ça en aurait probablement ôté le charme …

Mais plus tard, mes parents m’emmenaient parfois avec eux, sans que cela soit systématique ; il me fallait souvent supplier, argumenter, menacer .. J’étais déjà en pyjama, mais devant mon insistance obstinée, ma mère finissait par céder en me disant « Bon allez d’accord ! d’main y a pas d’école ; mais dépêche-te d’ t’habiller passe qu’in s’in va ! ». Il ne fallait pas me le dire deux fois ; en deux temps trois mouvements j’étais fin prêt. On ouvrait la porte de la rue qui donnait sur le magasin Chalmin dont la vitrine restait allumée le soir jusque 11h ; mais on lui tournait le dos et on s’enfonçait courageusement dans l’obscurité de la rue de Divion . On la descendait en famille, avec mes parents et mes grands frères, marchant au milieu de la route, dans le noir car il n’y avait pas de lampadaires ni d’éclairages , à peine quelques fenêtres aux rideaux éclairés, apercevant juste au fond de la rue qui descendait vers la rue de la république les lumières de la ville, tendant l’oreille pour écouter la sourde rumeur des cafés qui allait en s’amplifiant, les klaxons de voiture.
Au bout de la rue de Divion, où l’on n’avait pas rencontré âme qui vive, le spectacle apparaissait au détour du virage en pente : des centaines de gens qui se pressaient en rangs serrés vers le Casino, les cafés plein de monde, de lumière, de fumée ; les lampadaires tout allumés des deux côtés de la route ; les embrassades ; les retrouvailles ; les rires ; l’entrée du cinéma, les quelques marches qui menaient à la caisse devant laquelle une queue s’étirait déjà jusqu’au trottoir ; alors on avait le temps de regarder les affiches et les photos extraites du film accrochées derrière les vitres. Beaucoup de monde parlait et fumait sur les marches. Un de mes frères allait faire la queue pour les tickets ; et on attendait sur les marches, regardant la rue et toute cette animation incroyable, insoupçonnable depuis notre maison …

Par la suite, ils avaient installé en haut des escaliers des portes en verre à double battant ; et, ne le sachant pas, un jour que je voulais arriver le premier à la caisse, mon front a heurté violemment une des portes vitrées ; j’ai été stoppé net ; le bruit de la collision a été violent et tout le monde m’a regardé en rigolant, je ne savais plus où me mettre ; j’avais une bosse impressionnante dans les jours qui ont suivi, d’abord rouge , qui a viré ensuite au bleu. Quelle idée d’installer ces portes vitrées !!

On s’installait souvent au balcon, mal assis dans les fauteuils en bois qui se dépliaient entre les accoudoirs en bois eux aussi. La moquette par terre, toute fripée, pas comme celle rouge et immaculée du Colisée, sur laquelle on avançait silencieusement ; les gens qui se levaient dans la rangée pour nous laisser passer quand on avait la malchance d’arriver tard et qu’il ne restait plus beaucoup de places libres au bord des rangées…

En première partie, le rideau se levait sur des réclames, puis un documentaire, suivi des actualités américaines MOVIETONE, pour finir avec « Jean Mineur Publicité, 79 champs Elysées, Paris !! ». Çà m’intriguait cet enfant mineur avec sa hache qui habitait à Paris ; et ce clin d’œil qu’il nous faisait à la fin. Le rideau retombait, les appliques lumineuses sur les murs se rallumaient doucement en faisant une lumière jaune tamisée . Et c’était le moment tant attendu : celui de l’ouvreuse qui passait devant les rangées avec sa lampe de poche et son large panier en osier plein de Gelcos, de petits pots de crème glacée avec la petite cuiller en bois, de Mars, de Nuts, de cacahuètes caramélisées … Je n’avais pas de sous bien sûr, mais il me suffisait de tourner un regard entendu vers ma mère pour qu’elle décide d’ouvrir son porte monnaie sans trop de difficulté … Elle aimait bien manger une glace aussi, ma mère … Mon père, lui, préférait aller boire un Bordeaux ou un Côte du Rhône et fumer une cigarette dehors.

Puis les lumières s’éteignaient ; les gens regagnaient leur siège ; le rideau se levait à nouveau ; et le film cette fois commençait. Parfois, malheureusement, je me retrouvais avec un à grosse tête devant moi, alors je changeais de place avec mon père ; et si çà ne suffisait pas, je m’asseyais sur ses genoux … en me baissant un peu pour ne pas gêner aussi les gens derrière … Les rangées n’étaient pas larges, on avait les jambes coincées derrière les sièges de la rangée de devant, ankylosées, avec des crampes et des fourmis ; alors pour se détendre, on s’étirait mais souvent la personne de devant sentait les secousses dans son dos et se retournait l’œil mauvais ; çà calmait tout de suite …

A la fin du film, les lumières se rallumaient au début du générique et tout le monde se levait, pour se rhabiller et sortir ; les noms défilaient sur l’écran dans l’indifférence générale ; mes parents se levaient aussi mais moi je restais assis, comme hypnotisé, savourant les dernières secondes de cette sortie inespérée au cinéma, écoutant la musique du générique, me faisant tout petit au fond du fauteuil en espérant qu’ils m’oublient là ..

Mais impossible, il fallait faire vite ; il y avait une autre séance après, la « dernière séance », souvent avec des films interdits aux moins de 18 ans, et les gens attendaient pour entrer que tout le monde soit sorti de la salle de cinéma. Mes parents me tiraient par le bras « allez viens ! dépêche-te, y’ a des gins qui zattindent pour rintrer … ». On sortait par devant entre les rangées de gens qui attendaient pour entrer . Il n’y avait pas de sortie au bout de la salle, de chaque côté de l’écran comme au Colisée. Et on se retrouvait brutalement sur le trottoir, sur la route au milieu des voitures ; il était plus d’ onze heures et toujours la même animation : les cafés archi pleins, les coups de klaxons, les gens saouls sur les trottoirs qui chantaient en buvant de la bière en se tenant par la taille … Mes frères allaient au Cercle boire un pot ; et moi je rentrais à la maison avec mes parents, en remontant cette fois la rue de Divion ; toujours pas de lumière, parfois la pâle lueur de la vitrine Chalmin tout au bout, restée allumée, qui éclairait comme un phare. Alors je levais le nez au ciel et j’apercevais les étoiles ; et parfois la lune . Quel spectacle magnifique ! Personne ne sortait le soir pour regarder les étoiles, pour quoi faire ?... alors la sortie au cinéma du samedi soir, c’était une des rares occasions de les contempler. La tête encore pleine de la musique du film, des images, des héros. Cette plongée dans les étoiles dans le silence de la nuit était vertigineuse ; je n’avais plus besoin de regarder où je posais les pieds, je volais …

Le film dont je me rappelle aujourd’hui, c’était « la tulipe noire », sorti en 64 ou 65. J’avais lu le roman éponyme d’Alexandre Dumas dans la bibliothèque verte, dans lequel un jardinier flamand essayait des créer une tulipe noire, et j’étais heureux d’aller voir en film le roman que je connaissais. Mais dès le début, les scènes d’action spectaculaires et Alain Delon qui jouait 2 rôles, celui d’un aristocrate téméraire volant les riches pour donner aux pauvres, balafré, et celui de son frère jumeau, plus réservé, m’ont convaincu que çà n’avait rien à voir. Mais le film était magnifique, avec des scènes d’action très réussies, et un héros forçant l’admiration ; difficile de s’endormir après çà ..

En rentrant à la maison, mémère s’était occupée de mon petit frère et attendait notre retour pour monter se coucher avec sa lampe de poche. Je devais me déshabiller en vitesse, mettre mon pyjama et monter aussi ; en empruntant les escaliers sans bruit pour ne pas réveiller mon petit frère. Je me glissais sous les couvertures et j’entendais une voix venant de l’autre lit, qui chuchotait : « C’était bien le film ? c’était quoi ? » « Dors, il est tard » je lui répondais « Je te raconterai demain » ; et je fermais les yeux allongé sur le dos dans les draps tout froids , revivant sur l’écran de mes paupières fermées cette soirée féérique…

Ce sont des plaisirs simples comme ceux-là qui ont bercé mon enfance ; et en ont fait des souvenirs inoubliables.


 


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