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RACONTE-MOI MA FAMILLE N°17 Paris juste après la guerre
par Paul-Frantz le, 07/10/2021  

J'arrive bientôt à la fin des récits que je m'étais promis de faire. Celui-ci n'est pas vraiment sur ma famille mais, en écrivant tous les précédents j'ai dû me replonger dans cette époque lointaine qui fut ma petite enfance. Ça n'a pas beaucoup d'intérêt pour ceux qui n'ont rien connu de tout ça, mais je me suis fait un petit plaisir. Ce sera un peu pareil pour le 18ème et dernier numéro, mais là je m'y sens obligé, car dès le début je vous avais promis "la lune"...
“Raconte-moi ma famille...” N° 17 - Récits de famille, racontés par nos anciens.

Par Paul-Frantz VIDAL (famille maternelle à Fouquières-lès-Lens)
"PARIS JUSTE APRES LA GUERRE… !"


Ce ne sont pas vraiment des souvenirs de famille que j'ai voulu réunir ici, mais des souvenirs tout court. Ceux qui me reviennent en mémoire, en repensant à ce que voyait entre 1947 et 1952 un petit garçon venu de province en découvrant les rues, les maisons et les gens de cette ville et de la région où il allait passer presque toute sa vie.
J'espère qu'on voudra bien pardonner la banalité de mon propos, car il n'est pas question de scénario drôle ou tragique, ni de circonstances exceptionnelles, c'est simplement l'expression d'un quotidien. Temps oubliés, vie d'une autre époque aux pratiques disparues. Rares sont maintenant ceux qui pourraient encore témoigner de ces images de notre quotidien :

- En raison de la pénurie provoquée par la guerre, les transports hippomobiles restaient très utilisés. Surtout pour les denrées en vrac. Les rues de la ville résonnaient encore du pas des chevaux, et du choc des fers de leurs sabots sur les pavés. Seuls quelques métiers avaient conservé ce mode d'approvisionnement des petits commerces urbains : Le laitier et ses gros bidons d'aluminium, au couvercle maintenu pas une chaine; le marchand de vin, aux barriques de bois (calées par des patins) qu'il roulait au bas de la carriole avec une échelle aux barreaux incurvés; le livreur de charbon au visage noirci, la tête protégée par son "coltin" (d'où le verbe "coltiner") fait d'un sac de jute ouvert sur le côté pour en faire une capuche, qui chargeait sur ses épaules les gros sacs remplis de boulets, avant de les déverser dans le soupirail ouvert au niveau du trottoir; le glacier que l'on suivait à la trace des gouttes d'eau qui coulaient des pains de glace fondants sur le plancher de sa carriole et qu'il glissait avec son crochet avant de les couper d'une main vive et experte avec son pic sorti de l'étui de sa ceinture…

Toutes ces voitures à chevaux, dont la béquille de sécurité se balançait à l'arrière au rythme du pas des chevaux, apportaient une atmosphère de campagne à nos rues. Pas seulement par le martellement de leurs sabots, mais aussi par l'odeur du crottin que ces braves auxiliaires déposaient souvent devant les magasins, ou les immeubles, pendant que leur maitre livrait la marchandise. Ces haltes étaient alors l'occasion pour eux de puiser dans le sac d'avoine qui pendait à leurs oreilles, et qu'ils ne pouvaient atteindre avec leur bouche qu'en le posant sur le sol. Bien peu de ces livreurs respectaient la règle qui, normalement, imposait aux meneurs de bêtes de ramasser systématiquement les déjections laissées sur la voie publique.

- S'il y avait encore des voitures à chevaux, le manque de carburant avait aussi imposé des modifications importantes à la carburation des moteurs des véhicules automobiles. Grâce à la géniale invention du français Georges IMBERT qui n'a pas laissé, comme DIESEL, son nom au panthéon de l'automobile, on pouvait alimenter les moteurs par du gaz produit par la pyrolyse de matières combustibles (bois ou charbon). Le système dit "gazogène" a contribué encore quelques temps à l'animation, et aux bruits, des rues de cette période, où tout était encore sujet au contrôle par tickets de rationnement. Le bruit infernal que faisaient les chaudières, pour lancer la pression avec un ventilateur, contribuait souvent au réveil des citadins.

- Et puis, il y avait encore tous les petits métiers de la rue, petits artisans et ouvriers qui criaient par les rues et les cours les services qu'il proposaient à leurs clients. Au savoir-faire professionnel ils devaient ajouter l'appel que leur voix lançait entre les façades pour monter jusqu'aux mansardes et avertir de leur passage.

. Le vitrier, qui hurlait : "VI. TRI. IÉ., Oh Vitrier… !", en portant sur son dos, avec un harnais de cuir, le cadre de bois où il rangeait tous les types de verres utiles. Combien de fois ai-je imaginé, bien caché dans une encoignure de porte, lancer un caillou dans son dos avec mon lance-pierre ? C'était tellement tentant pour le petit sauvage que j'étais encore… !

. Le ramoneur, qu'on disait venir de Savoie (comme dans la chanson "Etoile des Neiges") qui passait de porte en porte pour proposer ses services. Nous les entendions ensuite sur les toits, repérer le bon conduit avec le collègue dans l'appartement, en criant dans le pot d'argile (la "mitre") comme dans un téléphone et y faire descendre leur corde.

. Le rémouleur et sa carriole-atelier qu'il tirait par sa bricole passée sur son épaule. Il s'arrêtait près du trottoir et montait chercher toutes les lames à aiguiser, en sonnant aux portes. La meule était lourde et, pour l'entrainer, il avait une pédale reliée par une chaine à un excentrique qui entretenait la rotation.

. En hiver, les marchands de marrons promenaient leur fourneau sur une petite carriole et vendaient leurs marrons sur les marchés dans un cornet de papier journal.

. Les vendeurs de rue, officiels qui faisaient la promotion de nouveaux produits (petits appareils ménager miracle, textiles de Cholet…), ou clandestins, qu'on appelait alors "vendeurs à la sauvette" car ils devaient décamper à toute vitesse quand ils voyaient un képi se profiler à l'horizon.

. Les marchands de billets de tombola ou de Loterie Nationale. Petits emplois réservés aux victimes ou aux veuves de guerre. Certains bénéficiaient de petites guérites posées sur le trottoir où ils étaient assis et à l'abri, d'autres, aux entrées du Métro proposaient les billets fixés par des pinces sur un panneau de bois. Les billets étaient vendus au profit des "Gueules Cassées", œuvres en faveur des blessés de la guerre, et le tirage avait lieu tous les mercredis.

- La Musique tenait aussi sa place dans la rue. Une place importante, car de loin en loin on entendait toujours une mélodie, comme si un concert permanant accompagnait le promeneur.

. Les plus prisés étaient sans contexte les "vendeurs de partitions musicales". La radio restait rare, les disques ne faisaient plus recette, en attendant l'arrivée des microsillons (inventés en 1946, ils sont apparus en France en 1948 avec les premières platines tourne-disque). Alors il fallait se contenter de la musique que l'on jouait chez soi ou qu'on chantait. Les airs à la mode, popularisés par Édith PIAF, Georges GUETARY, Lisette JAMBEL, Georges ULMER ou Yves MONTANT, se vendaient sous forme de petites partitions agrémentée d'une image de l'artiste. Un chanteur, ou une chanteuse, accompagné par un accordéoniste se produisait sur le trottoir en interprétant le tube à la mode. Entre chaque morceau, ils passaient entre les badauds pour vendre les double-pages que l'on emportait pour les interpréter chez soi.

. Les "limonaires" ou "orgues de barbarie", ces pianos mécaniques à manivelle dont la musique venait d'un bandeau de cartes perforée, diffusaient une musique aigrelette proche du son de l'orgue. Dans notre rue, un vieil homme mendiait en tournant sa manivelle, assisté d'un petit singe costumé, un ouistiti qui courrait au bout de sa chaine en tendant une sébile en aluminium aux spectateurs présents.

. Et puis, il y avait les "chanteurs de cours". Ces mendiants qui poussaient le belcanto et les chansons à la mode dans le fond des cours d'immeubles. Une acoustique particulière favorisée par les quatre façades, faisait monter le son jusqu'aux chambres de bonnes. Selon que l'artiste était apprécié ou non, il recevait alors quelques pièces de monnaies jetées par les locataires depuis leur fenêtre, ou des huées et des quolibets qui le faisaient fuir prestement.

. C'était aussi encore le temps de "poubelles" en tôle galvanisée… Éléments de propreté urbaine qui contribuaient, hélas aussi, à l'élévation du niveau de décibels de nos rues aux premières heures du jour. Et pourtant, nous avions déjà des camions bennes électriques, ces lourds véhicules SITA au nez de bouledogue.

. Enfin, le Marché de Rue… Il en reste encore quelques-uns à Paris ! Celui de la rue Lecourbe était célèbre et important. Il occupait presque tout un coté de la rue, entre la rue des Volontaires et la rue Cambronne. Sa particularité était d'être constitué principalement de "marchands des quatre-saisons" qui portaient et présentaient leurs marchandises, achetées le matin même aux Halles de Paris, dans une petite voiturette à bras qu'ils poussaient à l'aube à travers les rues, pour venir le long du trottoir de notre rue nous porter "à domicile" les légumes frais et les fruits du jour. Et chacun criait haut et fort la qualité de ses produits pour fixer l'attention des chalands qui, encore à cette époque, n'hésitaient pas à "barguigner" (marchander) le prix d'un kilo de fraises ou de tomates. Tout cela dans un tintamarre assourdissant et une cohue compacte.

En me replongeant dans cette période, c'est fou le nombre de détails de la vie de tous les jours qui me reviennent en mémoire.
Le retour du commerce et de la publicité, des promotions et des "attrapes clients" comme ce magasin qui fit éclore en vitrine des œufs peints de toutes les couleurs qui donnèrent naissance à des poussins de la couleur de la coquille. Gros succès pendant trois semaines.

Les chaussures qu'on trouvaient à nouveau, m'ont valu mes premières coquetteries, avec des brodequins aux semelles en vrai cuir doublées d'une fine basane. De vrais merveilles. Mes camarades à l'école avaient encore des brodequins dont la semelle était en cuir synthétique qui s'usait si vite qu'on était obligé de les larder de clous de métal à tête ronde. Ainsi la semelle ne touchait plus le sol. Cette surface cloutée avait une particularité étonnante, elle glissait merveilleusement bien sur les sols en pierre dure. C'était formidable pour effectuer de longues glissades sur les trottoirs, les bordures en granit, ou les sols en marbre. Avec mes brodequins de luxe, j'étais collé au sol.
Alors, je n'ai eu de cesse que ma mère fasse clouter aussi mes semelles. Un vrai gâchis a dit le cordonnier… J'ai eues aussi mes premières chaussures de basket. En toile bleue assemblées par des collages en caoutchouc blanc. Elles étaient identiques à celles des Harlem Globe Trotters, avec une étoile sur les chevilles. Je faisais sans cesse des bonds sur le trottoir quand je partais à l'école…

En venant dans la "capitale", j'allais aussi découvrir la vie culturelle. Pour l'instant cela s'était limité trois séances de cinéma, "Mickey petit Tailleur", le "Dernier de Fédéré" (Western "the lone ranger") et "Charlot Dictateur" à la libération. Il y avait deux salles de cinéma dans mon quartier, dont une très prisée du public, "Le Nouveau Théâtre" qui diffusait les derniers films à la mode, mais qui agrémentait le spectacle par des attractions ou des scénettes présentées sur scène par des artistes pendant l'entre-acte. C'était une façon originale d'occuper la coupure entre le "court-métrage" ou les "actualités" présentées en première partie et le film de la séance principale. Une sortie au cinéma était une véritable soirée ou après-midi (*) de culture et d'information.
(*) : on disait "matinée", et je n'ai jamais trouvé de réponse rationnelle à cette expression.

Il est une catégorie de parisiens que je veux aussi évoquer, ce sont les clochards. "Clochard" était le nom donné à ces nécessiteux parisiens, sans domicile et sans ressources, qui pour se nourrir attendaient que retentisse la "cloche" signalant la fin des ventes aux Halles de Paris pour pénétrer dans les pavillons et récupérer quelques nourritures. Ce terme fut étendu ensuite à ceux qu'on nommait les "vagabonds". Mais, à cette époque, toute personne majeure qui ne possédait pas sur elle une somme d'argent d'au moins 5 francs pouvait être accusée de "vagabondage", et emmenée au poste de police pour "délit de vagabondage". Fait étonnant, pour la plupart c'était un choix de vie, un rejet de la société, un désir de marginalité, et a cette époque où la France manquait cruellement de bras, ils refusaient de travailler. (**)

Il y en avait un qui vivait dans notre impasse, à l'abri d'une porte cochère condamnée où il mangeait et dormait. Sa musette en guise d'oreiller, engoncé dans plusieurs manteaux en hiver, le litron de rouge à portée de main, il sentait si mauvais qu'on avait peine à l'approcher. Pourtant c'était un brave homme, et j'aimais bien parler avec lui. Il avait été ruiné par la guerre de 14, abandonné par sa femme et sa famille, n'avait pour toute ressource que les maigres sous qu'il gagnait trois fois par semaine en conduisant de nuit des chevaux depuis La Villette, où les transporteurs les livraient, jusqu'aux abattoirs de Vaugirard où ils seraient abattus puis équarris. Tenant quatre ou cinq longes, il guidait à pied ces pauvre bêtes vers leur fatal destin. Il était toujours ému quand il précisait comment ces chevaux s'agitaient et regimbaient en approchant des abattoirs (***). Un kilomètre avant d'arriver ils devaient déjà sentir l'odeur du sang, et l'homme devait tirer fort sur les longes pour les faire avancer…

(**) De nos jours il y a les sans-abris, les sans-papiers, les clandestins… mais ce n'est pas la même motivation ni la même mentalité.
(***) Qui furent démolis pour laisser place au "Parc Georges BRASSENS", dès lors que la consommation de la viande de cheval devint moins populaire.

Pour veiller sur tout ce petit peuple de Paris, il y avait la Police Parisienne (La "PP"). En particulier les brigades cyclistes, que l'on appelait les "hirondelles", car ils roulaient sur des bicyclettes des Manufactures de St Etienne de la marque "Hirondelle" et portaient des grandes pèlerines bleues qui volaient sur leurs épaules, faisant comme des ailes d'oiseau. Elles contenaient des petites plaques de plomb dans leur ourlet inférieur. Roulée sur elles-mêmes elles représentaient des redoutables masses d'armes dont ils se servaient pour disperser les manifestants ou estourbir les récalcitrants aux ordres de la force publique.
J'ai eu l'occasion de goûter de leur efficacité lors d'une fin de "monôme", quand nous fêtions un peu trop joyeusement, et bruyamment, la fin des épreuves du Baccalauréat, premier grade de la formation universitaire (***).
(***) L'obtention de ce premier grade donne droit au port d'une épitoge avec un rang d'hermine (puis deux pour la Licence et trois pour le Doctorat).

Je ne serais pas complet si je ne parlais pas de la radio et de la presse (Pour la télévision c'est plus tard vers 1952/53).
Dès après la guerre, tous les gouvernements ont repris le contrôle de toutes les radios. Il n'y eut plus que des chaines de radio d'état et il était interdit d'émettre depuis le territoire national. Deux radios émettant hors de France, furent autorisées à diffuser sur le territoire en grandes ondes, d'abord Radio Luxembourg, puis Europe N°1 (Europa nummer ein…) depuis la Sarre.

Au début des années cinquante nous étions suspendus à l'écoute de certaines émissions que nous n'aurions ratées pour rien au monde. D'abord les émissions comiques ou burlesques dont les fleurons furent les productions de Pierre DAC et Francis BLANCHE : "L'affaire du vélo postal", "Signé Furax" et "Malheur aux barbus". Il y avait les émissions de chansonniers du dimanche à midi, le "Grenier de Montmartre", qui critiquaient la politique du moment mais seulement en musique et en chanson. Il y avait aussi, tous les jours, la conversation d'actualité de deux célébrités de la radio, Jeanne SOURZA et Raymond SOUPLEX, qui prenaient le rôle de deux clochards devisant sur un banc (Carmen et Lahurlette). L'émission s'appelait justement : "Sur le Banc".
Puis ce feuilleton radio mettant en scènes comiques les difficultés de la vie d'une famille en ces temps d'après-guerre, les "Duraton" (avec Jean Carmet et Robert Lamoureux), reprise d'une émission d'avant-guerre.
Et enfin, une fois par semaine, le soir pour nous faire frémir avant d'aller dormir : "les Maître du Mystère". Une émission de fiction dramatique au générique musical qui me glaçait d'angoisse, et passait sur "le poste parisien" au début des années cinquante…

La presse de l'époque refleurissait. Pour les enfants : Bibi Fricotin, Cœur Vaillant, Franc-Jeu, le Journal de Mickey, Coq Hardi (dont les héros étaient des maquisards), Lisette, Fillette, Spirou… Pour les grands, toutes les tendances politiques sont revenues. Mais il y avait souvent des BD en feuilleton repris des romans d'avant-guerre. La plus célèbre fut Chéri-bibi dans France-Soir. A partir de 1951, j'attendais avec impatience que mon père me donne la page où se trouvait la BD.

Pardon si j'ai été un peu long, mais je me suis fait un petit plaisir. Ce chapitre va clore la période que j'avais prévue d'évoquer. Mon inspiration arrive aussi à la fin de ses capacités. Je ne terminerai pas ce retour dans le passé sans évoquer un dernier évènement, plus tardif celui-là mais qui par son importance, à la fois planétaire et séculaire, fera le lien avec les souvenir que mon fils pourra raconter quand son temps à lui sera venu de maintenir allumée la flamme de la mémoire.

Avec toute mon affection, et
A bientôt… ! Pour un dernier récit !


 


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