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objets inanimés avez vous donc une âme
par klavzer jean marie le, 08/03/2006  

OBJETS INANIMES AVEZ VOUS DONC UNE AME?

S’il en était ainsi, il y avait une chose à la maison, qui méritait d’en avoir une. Je l’ai eu sous les yeux, tout le temps là. Elle trônait dans la cuisine, du premier janvier au trente et un décembre, je veux parler de notre fidèle cuisinière. Elle semblait être là depuis toujours, rythmant notre vie, aimant que l’on s’occupe d’elle, parfois capricieuse, mais active en toutes saisons.
Dès l’aube, et parfois bien avant, les premiers gestes de la journées lui étaient consacrés. Cela commençait par la toilette minutieuse de son foyer, son cendrier était débarrassé, des restes poussiéreux de sa digestion.
Venait ensuite son petit déjeuner, composé du bois le plus fin, couché sur un lit de papier, froissé délicatement, afin que la flamme de l’allumette, trouve facilement son chemin jusqu’au cœur de la brindille. Un léger crépitement annonçait, qu’il était temps de poser, sur la flamme naissante, quelques morceaux de houille luisante.
Petit à petit, notre amie sortait de l’engourdissement de la nuit. Elle se réchauffait doucement au contact de la flamme, de plus en plus bruyante, craquant de partout et crachant des éclairs qui éclairaient le plafond. Pas de doute, il fallait calmer son ardeur, surtout que sa toilette n’était pas terminée. Une friction énergique à la toile émeri , de toute sa surface, s’imposait chaque jour, suivi d’une application de pâte à la mine de plomb. Voilà, elle était prête pour commencer son service, rutilante et à bonne température.
Sa mission première, après avoir réchauffé la cuisine, était de chauffer l’eau du café, puis par la suite de le garder au chaud, loin de son cœur brûlant.
Elle en a mijoté, des plats de toutes sortes, réchauffé des fonds de ragoût, que pour rien au monde, on aurait jetés. Elle se chargeait de leurs donner une croûte dorée, prête à être étalée sur une grande tartine beurrée, hum! et cela au petit déjeuner, hein maman?.
Généreuse jusqu’au bout, elle offrait son four et savait garder pendant des heures, des pieds de porc gratinés ou encore des terrines de tripes, savant mélange d’abats et d’aromates, ou tout simplement une bonne terrine de pâté. L’hiver, on lui confiait également les briques réfractaires que nous glissions dans nos lits, avant d’aller nous coucher.
Elle avait tout prévu, même un couvercle rond « el platine » que l’on enlevait pour y asseoir"l’caudron à frites, chti qui avo sin cul in pointe », une fois par semaine.
Pas trop exigeante, notre brave cuisinière, se contentait pour toute nourriture, d’un mauvais charbon, « du flou », poussière de houille ,servi gratuitement au petit personnel des mines. Papa lui ramenait quelques friandises,« des tchiotes gaillettes»,(petits morceaux de charbon pur), qu’il remontait, à ses risques et périls du fond. Elle en aurait bien fait son ordinaire, mais cette denrée rare lui aurait donnée trop de vigueur....
Régulièrement, on lui donnait une pelletée à consommer, il fallait bien ça , pour fabriquer ses calories jusqu’au soir. Pas question de ralentir la cadence, elle nous aurait fait un caprice, en retenant sa respiration pour s’éteindre avant le couvre feu.
A part son défaut de gourmandise, elle était de bonne composition, quand le vent venait lui rendre visite, il lui apportait son souffle, qu’elle modulait pour en faire une plainte monotone ou des sonorités pleine d’entrain , selon son humeur.
Ce n’était pas toujours des visites de courtoisie, il savait être sans gêne, voir brutal. En s’engouffrant ,violemment par la cheminée, il surprenait notre amie . Pour se défendre, elle boutait le feu à quelque poche de gaz traînant par là, provoquant une petite explosion chargée de poussière, surprenant, pour ceux qui ne s’y attendaient pas; maman disait « al est mal lunée »
Le soir,« à l’ brunne » il nous arrivait de rester un moment, dans l’obscurité naissante. J’aimais particulièrement ces moment où l’on se pose, sans rien dire, pour rêver, réfléchir, tout en fixant les murs où dansaient des formes lumineuses, qui semblaient sortir de notre cuisinière.
S’il fallait nous absenter quelques heures, mes parents n’omettaient jamais, de bourrer son foyer d’un mélange "de flou mouillé", ensuite il perçaient un trou au milieu, avec le tisonnier. L’opération était archaïque, mais efficace.
Si l’absence se prolongeait trop longtemps, nous devions nous attendre à une réaction, de mauvaise humeur. Elle fabriquait une bulle jaunâtre à forte odeur de gaz ,qui plongeait la cuisine, dans une atmosphère délétère. Avant d’allumer l’éclairage, papa disait « cha sin l’gaz ichi, j’ai mis trop d’carbon ».
Comment ne pas aimer, une chose aussi présente, qui assiste à tout se qui fait la vie d’une famille. Elle a tout partagé, joies, larmes, chamaillerie de toutes sortes. Bien sur, d’autres objets étaient des témoins silencieux, mais elle seule semblait avoir une vie, un souffle, une âme.


 


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