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Catastrophe de Courrières, résumé (4)
par bourdonb le, 23/03/2008  

Des équipes de secours sillonnent les galeries.
Près des barrières à l'entrée des fosses, des femmes crient leur douleur, profèrent des invectives à l'adresse des gendarmes et de ceux qui ont le droit d'entrer sur le carreau de fosse, qui savent et ne disent rien. Certaines s'évanouissent.
D'autres, le corps secoué par des crises de sanglots, retournent à leur maison ...
Un mineur échappé à la catastrophe s'abat subitement ...
Un homme passe en courant. Une future mère l'interpelle - Et mon mari ?
- Il est resté au fond.
Elle s'affaisse, sans connaissance . . .

Des épouses, des mères n'ont pas bougé de leur domicile. Les yeux rougis d'avoir pleuré, elles s'entretiennent à voix basse . . .

Interrogé alors qu'il retourne chez lui, le maire de Montigny-en-Gohelle, Arthur Houssin, répond attristé
- On ne peut pas se faire une idée de ce que c'est. Il y aura au moins douze cents morts .. .

Toutes les routes qui convergent sur les fosses sinistrées sont noires de monde.
La population est calme, respectueuse de la douleur de ceux qui souffrent, anéantie par l'impitoyable destin.
Qu'à la suite d'un coup de grisou une fosse soit détruite, à la rigueur, c'est concevable. Mais que trois fosses soient
ravagées, au même instant ; non, ce n'est pas possible ...

Des nuages obscurcissent le ciel ...
Au 3, pour accéder aux différents étages, il faut « dé­boucher » le puits, coûte que coûte. Ingénieurs, porions, ouvriers mènent une lutte acharnée contre le fatras de planches cassées et de ferrailles tordues.

A la lueur de lampes fumeuses, accrochées on ne sait comment, les uns coupent des planches à la hache, d'autres
scient des fers, autant de débris que l'on remonte par le tonneau. Tels des acrobates, ils travaillent, à la merci du moindre incident qui les précipiterait dans le vide.
Après des efforts inouïs, enfin une première trouée ! On descend de quelques mètres. Et c'est encore un amas de dé­combres !
Même opération de déblaiement. Quelques mètres à nouveau gagnés. Et ainsi à plusieurs reprises.

Vers 15 heures, ils sont à 55 mètres de profondeur, et, en fin de journée, ils ont atteint 170 mètres. Mais là, impossible d'aller plus loin, impossible de se frayer un passage à travers les décombres : les débris forment un amas inextricable.

Entre-temps, Simon, dit Ricq, a quitté le 3 pour se rendre au 10...
A tout prix, il faut désobstruer le puits 3 : n'a-t-on pas cru entendre des appels à un certain moment ?

Reumaux propose d'employer de la dynamite. D'autres suggèrent de précipiter du haut du puits un bloc de fonte, de plus d'une tonne, à usage de contrepoids dans les plans inclinés. Avec la puissance que donnerait à ce bloc l'accélération de la pesanteur, ne peut-on espérer provoquer la chute générale des débris au fond du puits ? Ou tout au moins une ouverture assez grande pour permettre le passage du tonneau ?

Petitjean, qui connaît bien l'état des lieux pour y avoir travaillé depuis le matin, n'est pas partisan de la dynamite. De son côté, Bar craint que le bloc, dévié dans sa chute, ne heurte les parois du puits, provoquant de nouveaux éboulements et réduisant ainsi la section d'aérage. De plus, il faudrait prévenir les hommes susceptibles de se trouver aux abords du puits et les inviter à se garer. Or, il s'avère impossible de faire passer à travers les décombres une lampe de sûreté, et un message.

Dans ces conditions, l'ingénieur en chef Léon décide de surseoir la décision, toutes dispositions étant néanmoins prises pour agir dans un sens ou dans l'autre si l'opportunité s'en faisait sentir. Il est environ 17 heures.

Au 4, les ventilateurs marchent à fond ; dans le puits, l'air devient plus respirable. Mais la cage ne peut toujours pas descendre au-delà de 300 mètres. Il faudrait la remplacer par une autre de plus petites dimensions, opération qui demanderait plus d'une heure. C'est trop. Au fond, des hommes meurent.

Combien sont-ils ? 852 descentes ont été enregistrées. 47 hommes ont été sauvés, auxquels il faut ajouter 125 miraculés. N'ayant pu gagner leurs tailles proches du foyer d'incendie, l'ingénieur les avait fait remonter. C'était quelques instants avant la catastrophe ! Manquent à l'appel : 680 personnes.

Lucien et Henri Evrard, ainsi que d'autres mineurs, descendent sous la cage, scient les guides en fer rabattus dans le puits. Après une heure d'efforts inouïs, la voie est libre.
Un spectacle horrible attend les sauveteurs qui mettent pied au dernier accrochage : au milieu de cadavres déchiquetés, des blessés râlent.
Pendant que certains s'emploient à les faire remonter, d'autres explorent les galeries voisines. Partout des cadavres, partout des éboulements, partout du mauvais air.
Les sauveteurs sentent les premières atteintes de l'asphyxie. A une vingtaine de mètres de l'accrochage, Dinoire et Lafitte tombent. Vite, on les ramène à l'accrochage.

Entre-temps, quatorze corps ont été remontés.
Sur le carreau de la fosse, c'est le remue-ménage suivi par la foule anxieuse. Tirées par des chevaux, des ambulances se mettent en place ; c'est donc que des blessés ont été remontés.
Mais quels blessés ! Des hommes presque nus, dont la peau se détache par lambeaux. L'un est scalpé. Transportés sur civière à la lampisterie, ils sont pansés. Puis, chargés, un par un, dans les ambulances.


Catastrophe de Courrières, résumé (5)


 


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