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Catastrophe de Courrières, résumé (5)
par bourdonb le, 24/03/2008  

La grille s'ouvre. Une ambulance sort. La foule s'écarte. Qui est à l'intérieur ? On veut savoir ! Des hommes arrêtent le cheval. D'autres bousculent les gardes, montent dans la voiture, lancent à la cantonade le nom du blessé.
Et ainsi chaque fois qu'une ambulance quittera le carreau de fosse. Parmi les noms entendus, Pierre Devos, de Sallaumines, le bras droit arraché ; trois grands brûlés : Eugène Choisy, cabaretier au Pont de Sallaumines ; Gaspard Guilleman, de Méricourt Village, et Jean-Baptiste Lemal, de Méricourt Corons.

De la foule montent des sanglots. Les larmes coulent. A l'espoir succède la déception.
Deux blessés, soutenus par des camarades, regagnent à pied leur domicile. Les questions fusent de partout : mon père ? mon frère ? un tel ? Des paroles incohérentes tiennent lieu de réponses : ils reviennent de l'enfer.

Les sauveteurs s'entretiennent sur le carreau de la fosse, se concertent : ils ont bien cru entendre des appels ; mais, au fond, l'air est irrespirable.
- Y a-t-il encore des blessés ? demande un journaliste.
- C'est fini ! Tous les vivants sont remontés. Il n'y a plus maintenant que des morts, répond tristement l'un d'eux avec un haussement d'épaules d'homme malheureux.

L'ingénieur Dinoire, remis sur pied, confirme
- Tout espoir de retrouver encore des vivants est dès à présent perdu ; il ne reste plus qu'à entreprendre méthodiquement le travail de pénétration dans les galeries. Des équipes dirigées par des ingénieurs se relayant d'heure en heure vont attaquer les éboulements et avancer avec précaution.

On sort deux berlines de la cage qui vient de remonter, deux berlines couvertes d'une toile, deux berlines qu'on roule vers l'infirmerie. Cinq cadavres presque nus, noircis, ratatinés, impossibles à identifier. L'un a le derrière de la tête emporté ; le reste de sa face ballotte sur les bras de l'homme qui le tire de la berline. Une vision insoutenable. Vivement, ils sont ensevelis.

La rumeur que tout espoir est perdu se répand dans la foule. Les familles ne peuvent se résoudre à l'évidence. Une activité fébrile règne. Des berlines sont chargées de bois. Les molettes du puits tournent. On se refuse à quitter les lieux. On attend. On espère. Qui sait ? ...

16 h 30. Espoir ! 26 ouvriers sont remontés, sains et saufs ! Deux sont légèrement intoxiqués : Henri Stueux, de Méricourt Village et Gustave Bour, de Willerval.
Alcide Lefin d'Avion, François Cerf de Noyelles, donnent des détails de leur odyssée. Ils travaillaient dans un plan incliné quand se produisit l'explosion : un bruit terrible, une impression que tout s'écroulait autour d'eux. Ils courent vers l'accrochage. Des éboulements, des cadavres, un air vicié. Ils rebroussent chemin, trouvent par hasard un coin aéré, s'y blottissent. Combien sont-ils alors ? 36, dont le porion Adolphe GRANDAMME et son fils.
Au bout d'un certain temps, ils reprennent le chemin de l'accrochage, Grandamme en tête. A travers les éboulis, ils rampent, passent au-dessus de cadavres. Certains n'en peuvent plus, Grandamme va les chercher.
Sous un éboulement, un galibot crie : « Maman, Maman ». Il a le bras coupé. Impossible de le délivrer. Le gosse meurt.
La marche épuise. A force de revenir en arrière Grandamme faiblit. Un à un des mineurs sont abandonnés. Grandamme essaye encore d'en ramener un. Ses forces le trahissent. Il tombe. Il ne reviendra plus. Ni son fils.
26 seulement revoient le jour. Quelle vision ont-ils du fond ? Tout est éboulé. Partout des cadavres, des monceaux de cadavres..

L'espoir de retrouver d'autres ouvriers vivants est perdu. Les cages ne remontent plus que des morts.

La nouvelle de l'effroyable catastrophe de « Courrières » s'est répercutée dans la France entière, et à l'étranger. Les témoignages de sympathie affluent de toutes parts.

Dans l'après-midi, le Président de la République Fallières adresse au préfet du Pas-de-Calais le télégramme suivant :
« Le Président de la République, profondément ému par la nouvelle de l'effroyable malheur qui frappe la population minière de Courrières, s'empresse de vous charger de lui transmettre l'assurance de sa douloureuse sympathie. ».
« Un des officiers attachés à sa personne accompagnera ce soir MM. les ministres de l'Intérieur et des Travaux publics et apportera sa part contributive aux premières victimes de la triste catastrophe ».
En signe de deuil, le Président Fallières ne participera pas le soir au bal de l'Ecole Normale.

Prévenu télégraphiquement, le député-maire de Lens, Basly, arrive vers 17 heures à la fosse 4. Il est accompagné de l'inspecteur général du service des mines au ministère des Travaux publics, Delafond. Ils sont accueillis par Lavaurs.
Partis de Paris à 17 h 25, le ministre de l'intérieur Dubief, le ministre des Travaux publics Gauthier accompagné du directeur des mines au ministère, l'officier d'ordonnance du Président de la République, le commandant Keraudren, arrivent par train spécial au pont de Sallaumines vers 19 h 30. De là, ils sont conduits en voiture à la fosse 4.


Catastrophe de Courrières, résumé (6)


 


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