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pélerinage en Artois, les indigènes partie4 fin
par bourdonb le, 10/11/2005  

9 novembre. Les Allemands envoient un déluge d'obus et de mitraille sur Dixmude et les environs. La 5ème Cie a perdu la moitié de ses hommes. C'est elle que les Allemands attaquent. Une lutte désespérée. Un corps à corps acharné. Les Sénégalais tentent de résister ; ils sont submergés par l'assaillant. Un à un, ils succombent cependant que, dans le feu de l'action, quelques-uns se retrouvent dans la 4ème Cie. Celle-ci encerclée, les Sénégalais sont littéralement fusillés. Les rares survivants parviennent à rentrer dans la ville ; mutilés, fous de rage, ils continuent désespérément la lutte derrière les barricades.

Au sud de la ville, les Sénégalais de la 1ère Cie et de la 2ème Cie résistent farouchement aux assauts, perdent les deux tiers de leurs hommes. Avec les fusiliers marins, ils sont encerclés. Plutôt mourir que d'être faits prisonniers. La nuit venue, à coups de baïonnette, à coups de crosse, se servant des mains, des dents, ils tentent la traversée de la ville jusqu'à l'Yser. Mais rares sont ceux qui attein¬dront l'autre rive.

Ainsi apparaissent les Sénégalais dont le 43ème ba¬taillon de tirailleurs se verra attribuer la fourragère. La première citation rappelle comment il vint renforcer le régi¬ment colonial du Maroc et s'empara du fort de Douaumont. La seconde tient en ces lignes: « Admirable bataillon indigène d'un dévouement sans bornes, dont le commandant Paulet, son chef, a su faire une unité de combat de premier ordre. Dans un élan irrésistible, le 23 octobre 1917, a enlevé successivement deux positions puissamment fortifiées, garnies d'un grand nombre de défenseurs, faisant de nom¬breux prisonniers et s'emparant d'un très important matériel d'artillerie ».

Dans une lettre aux gradés indigènes et tirailleurs du bataillon, le fils du Fama de Sansanding, le lieutenant Abdelkader Mademba, écrit notamment

« Descendants de Semba Laobé et de Gueladio Diégui ; descendants de Soundiata et de Massassis ; fils des talibés d'Ahmadou Cheikou, des sofas de Samory et des guerriers des damels du Cayor, soyez fiers de votre fourragère ! »

Vous êtes les premiers des Noirs ! car les Français, premiers des Blancs, vous ont décerné la distinction que seuls les braves d'entre eux peuvent porter.
Remerciez vos chefs, vénérez-les. Ce sont les frères de ceux qui, avec vos anciens, firent glorieusement la conquête de l'Afrique. Ils vous ont conduits à l'honneur et bientôt ce sera à la victoire définitive
Il termine sa lettre par ces mots : « Levez la tête, les braves. A ni tché, A ni ségué »

Et les Indochinois ? En 1916, la France en recrute quelque 150 000, enrôlés pour la durée de la guerre comme combattants ou comme ouvriers. Ils craignent la mort non pas chez eux, mais à l'étranger : leurs âmes ne risquent¬ elles pas d'être à jamais errantes ?

Au front, dans les assauts, parmi les Zouaves, les tirailleurs jaunes montrent de réelles vertus guerrières. Partout, les Indochinois montrent une bonne volonté évidente. Mais ont-ils vraiment des aptitudes pour les combats à la manière européenne ? On les retrouve plus volontiers comme ouvriers dans les champs, dans les usines nationales, ou bien en train de réparer les routes, tels ces soldats - ouvriers près de Verdun. Sont-ils plus ouvriers que guerriers ? Quelles aptitudes ont-ils et comment les utiliser dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue ?

Des Annamites sont mélangés à des conducteurs de véhicules dans un centre métropolitain. L'intérêt qu'ils por¬tent à ces véhicules donne l'idée de créer un groupe auto¬mobile indochinois. Aussi, dans un camp situé dans les plaines voisines du front de Champagne, on rassemble un effectif d'Indochinois suffisant pour la création de ce groupe automobile.

Le camp, c'est d'abord une école de conduite, avec des élèves dont la formation demande des trésors d'ingéniosité : ainsi pour reconnaître les voitures faut-il les orner de dessins, de symboles. Une formation de plusieurs mois. Le camp, c'est aussi un lieu de repos où, entre les missions de transports et de combats, les Annamites retrouvent le cadre de leur pays : pagodons en guise de guérites et une véritable pagode. Au camp, ils sont en Asie, ils sont chez eux.

Et les âmes de ceux qui reposent en terre française? A leur égard, le « Souvenir Indochinois » fera ériger dans le jardin colonial de Nogent-sur-Marne un temple annamite consacré le 9 juin 1920 en présence notamment du maréchal Joffre et de deux mandarins : le Tuan-phu Dang Nhoc Oanh, envoyé de S. M. l'empereur d'Annam, et le Doc-phu-su Le-Quang-Liem-Bay. A l'intérieur du temple, trois autels : un autel principal, encadré de l'autel des tirailleurs et de l'autel des travailleurs indochinois morts pour la France ...

Soldats Musulmans et Français reposent bien souvent dans les mêmes cimetières. Des « Indigènes » et les fils des colonisateurs ...

Dans un centre pour convalescents musulmans à Royan, un journaliste demande un jour à un tirailleur, marabout sorcier poète des hauts plateaux oranais
- Pourquoi es-tu venu guerroyer pour nous, toi un homme religieux ?
- Parce que la France est notre mère ! Si on insulte une mère, est-ce que ses fils ne doivent pas accourir pour la défendre ? répond-il, scandalisé.
- Et que penses-tu de la guerre ? poursuit le journaliste.
- C'est une guerre de tombeau, mais la justice en est ressuscitée pour nous ! Maintenant les Français et les Arabes sont égaux. On ne nous appelle déjà plus des « bicots », on nous appelle des « sidis ». Le sang du vaincu a coulé uni avec le sang du vainqueur. Aujourd'hui nous sommes véritablement vos frères et c'est pour cela que cette guerre sera une guerre bénie entre toutes parmi les peuples arabes.


 


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